Peine de mort

La rigueur du châtiment fait moins d’effet sur l’esprit humain que la durée de la peine, parce que notre sensibilité est plus aisément et plus constamment affectée par une impression légère mais fréquente, que par une secousse violente mais passagère. Tout être sensible est soumis à l’empire de l’habitude ; et comme c’est elle qui apprend à l’homme à parler, à marcher, à satisfaire à ses besoins, c’est elle aussi qui grave dans le coeur de l’homme les idées de la morale par des impressions répétées.
Le spectacle affreux, mais momentané, de la mort d’un scélérat est pour le crime un frein moins puissant que le long et continuel exemple d’un homme privé de sa liberté, devenu en quelque sorte une bête de somme ; et réparant par des travaux pénibles le dommage qu’il a fait à la société. Ce retour fréquent du spectateur sur lui-même : « Si je commettais un crime, je serais réduit toute ma vie à cette misérable condition », cette idée terrible épouvante plus fortement les esprits que la crainte de la mort, qu’on ne voit qu’un instant dans un obscur lointain qui en affaiblit l’horreur.
L’impression que produit la vue des supplices ne peut résister à l’action du temps et des passions, qui effacent bientôt de la mémoire des hommes les choses les plus essentielles.

Césare Beccaria, Des délits et des peines (1764), de l’inutilité de la peine de mort

One Response to “Peine de mort”

  1. RB said:

    sept 27, 11 at 9:01

    Et vive le bagne !
    ?


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